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Xavier Bordes nous offre, publiée par les éditions Gallimard une série de brefs récits poétiques, un cheminement comme celui des moines errants de la tradition boudhiste ou zen -des fables ou apologues à la musicalité « schubertienne » nous dit la 4ème de couverture – de précieux perles de parole à déguster comme la limpide tasse de thé au parfum subtil et quasi insaisissable, offerte au voyageur par une main amie : j’ai plaisir à en partager avec vous quelques gorgées.
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en guise d’avertissement au lecteur, ces quelques mots de l’auteur :
Le Bol et le bâton
Le bol du moine pour recueillir et se nourrir. Le bâton pour cheminer et se défendre. Point de leçon enseignée, mais quelques fables pensives. Point de cohérence mais un trajet alimentaire, ou disons, pour parodier Ponge, un « trajeu ». Sans doute était-il inutile, loyal cependant, d’en avertir le lecteur.
X.B
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Arhat
Tu t’es adossé contre le tronc d’un pin, en écoutant chanter l’air immense.
Tu as tendu ta main droite et dans la fraîcheur de ta paume la rivière est venue boire.
Un rocher t’a regardé de ses orbites creuses, aux épais sour-cils de lichen, sans faire un geste.
L’air vibrait dans le tronc du pin, là où le vent avait trouvé asile pour son âme.
Il a tendu sa main gauche et dans la tiédeur de sa paume a durci le bâton de l’aube blanchissante.
Une montagne l’a écouté de ses oreilles sourdes, des restes de cheveux d’argent embrumant le bas de son crâne chauve. Mais sans bouger.
Nous étions le tronc d’un pin, grand arbre aux mille rayons vert et or, harpe où ronflait l’immensité.
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Le Bol brisé
/Le boxl brisé
Ce matin, le ciel à peine rouge moutonnant par la fenêtre sous les branches basses des sapins, je suis entré dans la cuisine, mal éveillé, pour préparer du thé.
Les yeux pleins du visage d’un ami qui m’avait visité en rêve, et qui mourut, jadis, dans un pays lointain.
La main tremblante de pensées, j’ai voulu prendre mon vieux bol, mais je l’ai tenu si maladroitement qu’il a quitté mes doigts et s’est brisé en mille pièces sur le sol.
Un moment interdit, j’ai respiré profondément pour éloi-gner de moi les troublantes visions. La paix m’est enfin revenue.
J’ai ramassé le bol brisé et j’ai lancé un à un les débris dans la rivière qui glousse au fond du jardin, j’ai pris mon bâton et je suis parti au village.
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L’auteur
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Organiste, compositeur, musicologue, Xavier Bordes étudie la littérature en Sorbonne, puis à l’Université de Vincennes avec J.P. Richard, Michel Butor, Michel Deguy. enseignant en lettres, journaliste, il traduit aussi des poètes grecs, Odysseas Elytis, Manolis Anagnostakis, D. Davvetas, Alexis Zakythinos, en particulier, ainsi que plusieurs auteurs latins et allemands (Heynicke). Il est entré au Comité de la revue Po&sie en 1986, a participé à la fondation des Éd. Mille et une Nuits, publié des textes critiques sur de nombreux peintres et photographes (Rougemont, Le Cloarec, Tisserand, Four,Brandon, Leick, etc…) et collaboré avec le Centre Georges Pompidou (exposition Elytis – un méditerranéen universel -1988. Exposition Les Surréalistes grecs – 1989).
Xavier Bordes fait partie du comité de lecture de la revue et des éditions Traversées (Virton, Belgique). Il est l’auteur d’un grand nombre de recueils – on peut lire sur Recours au poème plusieurs de ses textes, et des notes de lecture, dont celle que j’ai consacrée à la très belle Pierre Amour.
https://www.recoursaupoeme.fr/category/auteurs/xavier-bordes


