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photo : Francesco del Cossa, Santa Lucia – détail de la couverture.
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le texte en langue originale se trouve ici , sur le site de poésie d’Amedeo Anelli, poète et directeur de la revue KAMEN..
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En traduisant Brecht
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Un grand orage
Pendant tout l’après-midi a rodé en boucle
sur les toits avant d’éclater en déluge d’éclairs, d’eau.
Je travaillais des vers de béton et de verre
où se trouvaient des cris et des plaies murées et des membres
même les miens, auxquels je survis. Prudemment, regardant
tantôt la bataille sur les tuiles, tantôt la page sèche,
j’écoutais mourir
la parole d’un poète ou sa transformation
en une autre qui pour nous n’est plus voix. Les opprimés
sont opprimés et tranquilles, les oppresseurs tranquilles
parlent au téléphone, la haine est courtoise, moi-même
je crois ne plus savoir de qui est la faute.
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Écris, me dis-je, déteste
ceux qui, avec douceur, guident vers le néant
les hommes et les femmes qui t’accompagnent
et croient ne pas savoir. Parmi ceux de tes ennemis,
écris aussi ton nom. L’orage
a disparu avec emphase. La nature
est trop faible pour imiter les batailles. La poésie
ne change rien. Rien n’est sûr, mais écris.
traduction Marilyne Bertoncini
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Amedeo Anelli nous permet de lire un poète dont les oeuvres sont difficilement accessibles – voici ce qu’il dit du recueil qu’il présente,rassemblant les textes les plus cités de Franco Fortini (1917-1994) :
« passion, désillusion et utopie, testament et fatalisme s’entremêlent dans un style limpide, riche en contrastes entre influences classiques et post-hermétiques, et en emprunts à la grande poésie européenne, de Dante au Tasse, en passant par la littérature franco-allemande dont Fortini fut traducteur. (…)
Une poésie riche de sens et accessible, d’une diction élevée et ferme, un témoignage et une opposition inébranlable aux horreurs récurrentes de l’histoire, et, comme toujours pour une poésie réussie, une poésie qui instruit, fait réfléchir et exhorte encore aujourd’hui.


