le texte en langue originale se trouve ici , sur le site de poésie d’Amedeo Anelli, poète et directeur de la revue KAMEN..

En traduisant Brecht

Un grand orage

Pendant tout l’après-midi a rodé en boucle

sur les toits avant d’éclater en déluge d’éclairs, d’eau.

Je travaillais des vers de béton et de verre

où se trouvaient des cris et des plaies murées et des membres

même les miens, auxquels je survis. Prudemment, regardant

tantôt la bataille sur les tuiles, tantôt la page sèche,

j’écoutais mourir

la parole d’un poète ou sa transformation

en une autre qui pour nous n’est plus voix. Les opprimés

sont opprimés et tranquilles, les oppresseurs tranquilles

parlent au téléphone, la haine est courtoise, moi-même

je crois ne plus savoir de qui est la faute.

Écris, me dis-je, déteste

ceux qui, avec douceur, guident vers le néant

les hommes et les femmes qui t’accompagnent

et croient ne pas savoir. Parmi ceux de tes ennemis,

écris aussi ton nom. L’orage

a disparu avec emphase. La nature

est trop faible pour imiter les batailles. La poésie

ne change rien. Rien n’est sûr, mais écris.

Amedeo Anelli nous permet de lire un poète dont les oeuvres sont difficilement accessibles – voici ce qu’il dit du recueil qu’il présente,rassemblant les textes les plus cités de Franco Fortini (1917-1994) :

« passion, désillusion et utopie, testament et fatalisme s’entremêlent dans un style limpide, riche en contrastes entre influences classiques et post-hermétiques, et en emprunts à la grande poésie européenne, de Dante au Tasse, en passant par la littérature franco-allemande dont Fortini fut traducteur. (…)

Une poésie riche de sens et accessible, d’une diction élevée et ferme, un témoignage et une opposition inébranlable aux horreurs récurrentes de l’histoire, et, comme toujours pour une poésie réussie, une poésie qui instruit, fait réfléchir et exhorte encore aujourd’hui.