.

Le brouillard est rouge

Le brouillard est à genoux

Le brouillard ne veut pas voir ça

J’ai l’encre qu’il faut

Quand je t’écoute tes paroles ont un goût de non-retour & cela me fait peur. Un avant-goût d’un après-silence. Inassimilable. Un silence insoluble. Méchant comme la teigne. Jamais il ne rentrera dans mes oreilles. Jamais tu m’entends. Jamais je n’entendrai ce silence.

Je l’ai à l’œil qu’il ne bouge pas !

Reste là-bas maudit silence !

Ne bouge pas…

Un poignard sur la table.

Ton silence me pique

Me fouette

Me serre fort

& fait un trou sous ma peau en flammes

Je m’échappe

Ce trou dans mon visage qui signifie que je peux dire je t’aime

                                       ***

Tes bras s’accrochent sans s’accrocher, le temps d’un tout

Ils me disent tout

Tes bras mondent le monde autour de moi

&

Retournent à leur place de bras

& je me mets à compter les étoiles & une & deux & trois & encore Encore

& la nuit sans toi

Lune arrachée

Tes cheveux ont froid

J’ai le cœur rasé

Où es-tu ?

Elle a cassé le fil entre mes deux  yeux

Entre le jour & la nuit

Entre moi & moi

La guerre

Je ne dors plus. Plus personne ne dort. Le sommeil agonise. J’entends des bottes en furie, des sous-voix donner des ordres, sur fond de mitraillette. Ça tire sur les restes. Cette empreinte, tuez-là ! Ce vol d’oiseau ! Feu ! 

La mort d’un enfant est un astéroïde sur le coin de ta gueule.

                                       ***

Valéry Meynadier « écrit avec des mots, de la motérialité, comme elle dit. En atelier d’écriture, elle part de là, d’une lettre qui peut faire roman & qui fait mot si agencée à d’autres lettres. Elle ne manque pas d’humour. Elle travaille en maison d’arrêt, dans ce genre de milieu sans milieu, il est impératif de savoir rire de soi & du chaos environnant.
Son premier roman Ma mère toute bue est une ode au meurtre de la mère ! Freud s’est trompé ; c’est la mère qu’il faut tuer.

Son deuxième roman, Centaure, est l’histoire d’une femme coupée en deux : en haut, elle est humaine, en bas, animale. Autrement dit, c’est l’histoire d’une pute. Comment on devient pute ? & pourquoi les hommes achètent de la viande humaine ?
Ce livre est né d’une expérience avec les filles des rues. Son troisième livre parle d’amour, de cet amour encore interdit en 1981, considéré comme une maladie. Divin danger est l’histoire d’une femme qui aime les femmes.

Ce tout écrit dans un genre transgenre, entre prose & poésie, jamais tout à fait l’un, jamais tout à fait l’autre. Francis Ponge appelait ça de la proésie. Oeuvrière, elle casse les genres, les mots, les rythmes…

Elle anime des ateliers d’écriture et pratique l’art-thérapie, en particulier dans les prisons. Elle fait régulièrement des lectures de ses textes dans divers lieux culturels accompagnée de comédiens et de musiciens. »

(extrait du site des éditions Musimot)

En poésie, elle a publié Le Dit d’Eurydice, Préface de Cathy Jurado (Éditions Musimot, 2023) , La morsure de l’ange (Al Manar, 2020), Présent défendu, poèmes & photos (Éditions La Villa des cent Regards, 2008).
Je ne me tairai pas est un manuscrit encore inédit.