.
Collobrières, entre lumière, pierre, et châtaigneraies
Nous sommes partis sans bruit,
comme on entre dans un rêve sans le nommer.
Les photos, maintenant, déroulent à rebours les pas que nous avons laissés derrière nous —
instantanés de lumières et d’ombres,
saisies au gré
du vent qui soufflait en rafales, et
jouait avec les nuages,
et ce ciel turquoise,
immuable,
presque irréel.
Au cœur battant du massif des Maures,
Collobrières nous a accueillis comme un vieux conte de la Provence d ‘antan :
ruelles de pierres patinées,
d’ocre et d’or sur les façades,
la vie paisible coule
doucement
une rivière murmure sous le vieux pont,
des rochers rouges dressés comme des aiguilles de mémoire
sur la route sinueuse bordée de châtaigniers flamboyants,
des troncs torturés par l’orage,
saignent,
amputés de leurs branches
mais obstinés,
à renaître
dans leur nudité blessée.
Les chênes-lièges centenaires,
calcinés de feu,
l’écorce déchirée,
nous ont parlé
de survie,
de sève qui irrigue
la vie toujours plus forte que la mort,
de beauté qui résiste.
Et tout au bout du chemin de terre rouge,
la Chartreuse de Verne s’ est étirée au soleil
comme un grand fauve assoupi à ciel ouvert,
rose, vert, ocre, jaune,
dans une plénitude offerte, sans rien attendre en retour.
Les linteaux de marbre,
scintillants de mica argenté,
sur l’ embrasure des lourdes portes du temps,
ont dessiné la frontière invisible
entre le dehors et le dedans,
entre le monde naturel
et celui que l’on porte en soi, dans la légèreté
imprenable
comme un enfant divin.
C était hier
À Collobrières
Maria Blazquez octobre 2025
;
;
« L’encre de l’âme »
Écrire commence
non par la pensée,
mais par le silence —
celui qui écoute
la douleur sous la peau.
La main se meut,
non pour conquérir le sens,
mais pour s’y abandonner,
pour tracer le bord frémissant
où le moi devient mystère.
Chaque mot,
un souffle tiré de l’abîme,
un éclat d’aube
sur le parchemin de la nuit.
On n’écrit pas pour être connu —
on écrit pour devenir,
pour quitter les pelures de certitude
et marcher pieds nus
dans le brouillard sacré de l’incertitude.
L’encre n’est pas simple pigment —
elle est sang,
elle est mémoire,
elle est l’écho de tout
ce qu’on n’a jamais osé dire à voix haute.
Alors on écrit,
non pour fuir soi-même,
mais pour rencontrer l’âme
là où elle attend,
silencieuse et infinie,
juste au-delà de la dernière ligne.
Maria Blazquez, Août 2025
,
,
La petite fille de Lhassa
inspiré par un tableau de G.
Assise en tailleur,
La tête penchée sur un petit tabouret en guise d’ écritoire,
une plume sergent major à la main,
l air grave et concentrée,
elle rêve d amour
de liberté.
Elle écrit une lettre
à la femme qu elle porte en germe,
avec déjà dans son cœur de petite fille,
prisonnière de liens invisibles,
toute l’ardeur
la volupté
d un arbre fou d oiseaux
au printemps,
et ce murmure dans la brise légère:
un jour tu verras,
nous marcherons
Toi et moi,
sur un chemin de lumière,
la main dans la main,
Libres et joyeux,
côte à côte,
Insouciants,
comme deux enfants
au premier matin du monde.
Maria Blazquez, septembre 2025
.
l’autrice :
.
Maria Blazquez
Née à Rubí, près de Barcelone, elle arrive en France à l’âge de quatre ans. Après des études de lettres et de civilisation anglo-saxonne, elle réussit l’agrégation d’anglais et enseigne , en Grande-Bretagne puis dans le Connecticut (États-Unis).
Amoureuse de la poésie depuis l’enfance, elle traduit et fait découvrir des voix qui lui sont chères.
Elle a notamment traduit le poète écossais Robin Bell : Reliable Knowledge / Connaissances fiables
(Éditions PVST, 2022), Vence ne s’arrête pas ici (Ichnos, 2024) et Champs de vision (Ichnos, 2024), ces deux derniers ouvrages sont publiés en édition bilingue et accompagnés d’aquarelles de Michel Joyard.
Elle travaille actuellement à la traduction en français d’un choix de poèmes du poète catalan Carles Duarte i Montserrat, poursuivant ainsi son dialogue intime avec les langues, les paysages et les voix poétiques qui l’accompagnent depuis toujours.


