.

Remonter le courant

encore et encore

jusqu’à ce qu’il se tende se soulève

s’évase

aller à la courbure

au creux

où les mains traversent à gué

elles savent

-depuis l’âge des pierres-

les caresses usées jusqu’au minéral

et aussi

les paumes semées de vieilles écritures

qui nous poussent sans cesse

à l’encre des corps renversés

*

Les arbres dénudés rêvent-ils debout

à des feuilles enroulées

comme doigts de fées

dans le secret des sources?

*

Attends

je vais libérer

la forêt nue

de sous mes ongles

l’humus et la racine

qui soulèvent tes saisons

déjà arc-boutées

sur le printemps

qui vient

*

De l’arc bandé dans l’entre-deux ne viendra pas la flèche qui va nous mourir au défaut de l’épaule, mais le trait d’une douceur infinie qui se fichera dans l’oeil de la mémoire, à la renverse des heures, entre nuit noire et page blanche du jour à venir.

*

Après le baiser des roseaux, viendra le moment d’écrire, rive à rive, avant la nuit.

Une manière d’étreindre encore, au-delà de l’étendue liquide.

Naturellement, il faudra confier les lettres aux cris des oiseaux, eux qui savent mieux que quiconque trouer l’invisible et renverser l’inaudible..

L’auteur

Jaume Saïs, photographe et poète :

C’est par la poésie que j’ai commencé dans les années 80 ( sous le nom de Jacques Saïs ), avec une collaboration dans la revue de création perpignanaise « Le Hangar Éphémère ». Ont suivi deux publications, « L’âme des oiseaux » en 1996 et »Visages traversés »en 2004.Le langage poétique s’est déplacé par la suite vers la photographie, concrétisé par diverses expositions sous le nom de Jaume Saïs en 2017, 2018 ( avec le plasticien Joseph Maureso ), 2023 à l’Espace des Arts du Boulou ( Exposition «  Rendez-vous avec le bruissant » ), 2025 enfin à Torreilles-Village.

En 2020 également, l’exposition «  Embrasser le paysage » pour la sortie du livre photos-texte « Nos Jardins » en compagnie du poète Serge Bonnery. Par ailleurs, j’ai eu aussi la possibilité de contribuer à des livres d’artistes dans la collection « Les Cahiers du Museur » d’Alain Freixe ( avec les poètes Didier Manyach, Serge Bonnery, Alain Freixe, Hoda Hili ).
Je vis la photographie comme une autre écriture, principalement tournée vers une atmosphère poétique.
Au-delà de l’oeil qui voit et de «l’ entendu » de ce qu’il voit, comment traduire ce qui nous parle