28 02 26, 12h01, sam.

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Où l’air sent le mazout à voisiner les stalactites d’un robinet, c’est un soir de dimanche où je reviens au passé et la cabane fourre-tout où s’abrite cylindrique la cuve avec la lampe de poche, où je viens là, veilleur d’ombres, un miroir englouti au jerricane de fioul, c’est au fond dans l’arrière-cour qui est peut-être le poème et le mur par-delà lequel se dresse quoi et l’inconnu, un dimanche qui s’achève à parapher l’ennui continûment… traînant aux mailles grossières d’un gilet, qui s’accroche, une odeur de beignet. Où la nuit se délaye dans le silence et s’épaissit un temps du chant apeuré d’un oiseau, l’hiver lâche son soupir et je frotte mon visage avec l’eau bleuie de la lune qui dégouline comme pour en ôter le masque qui depuis – quand ? à mon insu le recouvre. Où le timbre cristallin de l’oiseau tombe au sol et se brise à l’endroit d’une fissure comme celle que je vois au n&b défraîchi d’un cliché où mon frère est assis dessus un tricycle, les lézardes au sol et la séparation… Je lis en moi la pierre du poème sur laquelle je bute… où, à la semblance d’un poème de Deguy ou Prévert, j’ai pris le deuil… la nuit, déferlante forêt nocturne dit Ch. Bachelin, où je me suis perdu…Je me confonds avec la nuit qui ricane…Où le regard ne cible plus rien, englué au noir des ténèbres… Quelque part une liane comme une corde ____________ se balance et me fait de l’œil ?

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La nuit arithmétique tantôt à compter les étoiles plutôt que les moutons les étages où trébuche sans doute le rêve d’un voisin à l’ombre d’un figuier – il recense des mules, fardeau sur l’échine sur les chemins éloignés de terre d’un pays depuis trop long quitté ou est-ce l’aïeule revenante, elle s’endort écoutant la mélodie des pas de la bête qui va par cœur son chemin jusqu’à la ville, l’oreille nourrie de bruits familiers et la source où elle abreuve sa gorge aride, la pierre du poème y tombe et ride la nuit aux reflets des étoiles, ô le chiffre de l’eau où un temps elle ferme les yeux joignant l’horizon de ses rêves aux vœux de l’abreuvoir dans les galeries de luzerne et de paille d’orge que couv(r)e l’obscurité

11 03 26, 10h49

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Tu dis plongeant ton regard au puits de l’existence, depuis toujours des labyrinthes attachés aux chevilles et à l’aine, perdant tes traces aux terres que le vent recouvre, dépaysé parfois et jusqu’à descendre en rêve dans l’œil des volcans, le vent, ses ailes d’égarement qui te noue à quel sort et ses infatigables ébats il y a long déjà sur le pas de ta porte et ses ensemencements de frayeurs à toucher les organes sonores, le vent sur tes pas perdant tes traces, une fanfare caverneuse dit Tzara

11 03 26, 18h54

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La pluie est venue se ficher au puits tari de ma joue. La pluie lente comme un jour d’hiver, sa tristesse et quoi elle mûrit tandis que je regarde au ciel noir comme ces ciels que l’on regarde par la vitre du train à se mêler aux bois lors d’un voyage aux sommets d’insouciance, ramasseur d’émotions au courant fugitif des rivières, un reflet où s’allume par instants la vie et cet oiseau qui s’en vient nicher un temps dans ma poitrine… y gîtent des branchages et, malgré l’ombre qui s’active sur mes talons à longilignes langues de glace, des mailles tièdes encore d’une vie ancienne. D’une aube à l’autre, un veilleur y embrase des vies, des escales jour sur jour à l’odeur d’un soleil oublié de joie et l’ombre d’un rêve tombé en poussière, que l’enfant qui me regarde – et qui fût toi ? y vienne tiédir sa joue fraîche, ô gosier pétri de demandes mortes aux flèches toujours renouvelées d’une voix familière dans la mixture du temps et l’apaisement au cycle des mélancolies avec des lexiques de bêtes, un avènement d’ailes et de belle vue…

14 03 26, 15h20

Jean-Paul Bota

est né en 1968 en région parisienne où il enseigne.

Poète, nouvelliste, responsable d’édition, traducteur. Dernières publications :Usage des cendres précédé de Feuillets du midi, Le Préau des collines (2010), Venise, illustré par David Hébert, Les Vanneaux (2012), La pluie à la fenêtre du musée accompagné par les encres de Jacques Le Scanff, Propos 2 (2016), La Boussole aux dires de l’éclair, Tarabuste (2016), Chartres et environs, illustré par David Hébert, Les Vanneaux (2019) et Lieux, Tarabuste (2023). Il collabore à diverses revues.