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Choisis et traduits par Stéphanie Decante, les poèmes de ce recueil élégiaque évoquent les oiseaux – thème particulièrement présent dans la poésie et particulièrement dans celle du Chili, auquel appartient Elvira Hernández, poète largement reconnue en Amérique latine, et qui s’est vu décerner dans son pays, le Prix national de poésie 2024.

Le livre, sous format allongé dit « à l’italienne » se compose de 7 sections de poèmes (écrits de 2012 à 2019) dont la succession est marquée par le retour d’une même gravure de Guadalupe Santa Cruz, traitée de façon à rendre compte d’un progressif effacement, qui témoigne de la disparition des oiseaux mais peut-être aussi de celle, en cours, d’une humanité :

Des oiseaux de passage
Oui. C’est ce que nous sommes.
Mais nous avons pris l’habitude de nous comporter en monuments.
Et nous en sommes là.

Palabra que encontré en un libro antiguo
y era como un pájaro disecado.

Mot que j’ai trouvé dans un vieux livre
et c’était comme un oiseau empaillé.

No hay tiempo para pensar
en la plumifera que llegaré a ser
.

El tiempo es bocado que no se logra
saborear. Es él quien te masca.

Ayer se me cayeron unas cuantas plumas
y unos cuantos dientes.

Mañana seré desplumada.

Si pudiera yo misma
arrancaría el desvanecido plumaje de mí.

Sólo entonces estaría siguiendo
el ejemplar camino del águila.

Pas le temps de penser
à la plumitive que je deviendrai.

Le temps est une bouchée qu’on n’arrive pas
à savourer. C’est lui qui nous mâche.

Hier j’ai perdu quantité de plumes
et pas mal de dents.

Demain je serai déplumée.

Si je le pouvais
j’arracherais ce qui me reste de plumage.

Et alors seulement je pourrais suivre
l’exemplaire chemin de l’aigle.

Salíamos de casa al golpear el viento.
Rompía a llover.

Eramos como hojas
arrancadas de árboles mayores.
Otro destino parecía
nos daba la mano.

Por las calles corríamos
planeando en danza propia.
Me sentía bajo el cielo
empapada
plena
mojada como un pitío.

Nous sortions de la maison quand le vent frappait. L’averse éclatait.

Nous étions comme des feuilles
arrachées à de grands arbres.
Un autre destin semblait-il
nous tendait la main.

Dans les rues nous courions
esquissant notre propre danse.
Je me sentais sous le ciel
mouillée
comblée
trempée comme un pinson.