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Pour le fils de paysan que je suis ce titre « Phonaisons » renvoie d’emblée à « fenaison » et, pour Jean-Luc Lavrille, convoque – pour en faire tout un foin – les phonèmes de la langue. Une langue dont il traque depuis plusieurs décennies les sonorités dans un travail d’écriture multiplicateur de sens et, en cela, pourfendeur des discours unilatéraux qui nous bercent et nous « perroquisent ».

Il faut avoir assisté à une lecture publique de Jean-Luc Lavrille pour mesurer combien sons et sens s’entremêlent en se forant un libre passage hors des sentiers balisés qu’empruntent les phrases des proses ordinaires. « Phonaisons » aiguise nos ouïes soudain emportées par un rythme s’auto-activant dans un flux régénérateur de sens. Il y a du lacanien dans la démarche de Jean-Luc Lavrille et de « la langue des oiseaux » dans ses « phonaisons », cette « langue fictive et secrète qui consiste par des jeux de langages et de codes à donner un sens autre à des mots ou à une phrase. »

La poésie est désir de langue, c’est l’évidence première du poète Jean-Luc lavrille qui poursuit inlassablement une œuvre originale sans doute à l’écart de la poésie contemporaine. Auteur d’une vingtaine de  « livres de poésie » (et non de recueils) il défend la richesse inventive de la langue française alors que celle-ci connaît depuis un certain temps déjà un appauvrissement notoire. Et cette richesse sans cesse réactivée emprunte largement à l’humour, ce qui n’est pas sans offrir un rempart aux discours totalitaires d’aujourd’hui.

Alain Helissen

« rage qui vous ouvre grand l’ouvrage

de l’ouïe pour la rendre active et la délivre de son passif

La poésie doit payer son écho à la langue

Son tribut assujetti à l’artifice des phonèmes

Ses bouquets de phonaisons »

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L’auteur

est né en 1954, en Moselle. Il vit à Metz, où il anime, depuis 2007, des rencontres poétiques trimestrielles (médiathèque Verlaine). Parmi ses dernières publications : « Mots mouvants » recueil en typographie, Atelier de Groutel, 2025, « Périmètres » livre de poésie sur des peintures de Germain Roesz, éd. Les lieux-dits 2021;« Le train ne sifflera plus » (éd.V.Rougier, collection « ficelle », 2021) « Des lettres de la Voie Lactée », Cactus Inébranlable éditions, 2016, « On joue tout seul », éd. Corps Puce, 2010.Il se consacre presque exclusivement, ces dernières années, à la réalisation de livres d’artiste, seul ou en duo avec des plasticien(ne)s. 

L’écriture d’Alain Helissen oscille entre un lyrisme introspectif, pour le versant poétique, et l’humour décliné dans des textes courts ou sous  forme d’aphorismes. Il fait aussi des lectures publiques. Toute son actualité littéraire et artistique est visible sur son blog : http://alainhelissen.over-blog.com .

Contact : alain.helissen@live.fr