Sollicités par Elizabeth Guyon-Spennato, 35 poètes de différentes parties du monde ont offert un poème qu’ils ont lu dans leur langue d’origine pour symboliser le soutien international au peuple iranien, en peine sous le joug d’une dictature interminable, et maintenant frappés par une guerre qui semble ne pas avoir non plus de sens, ni de fin.

Li Poetry 笠詩刊, le magazine historique de poésie contemporaine à Taïwan, a consacré trois pages de son numéro 372 à ce projet, de sa mise en oeuvre à la réalisation de la vidéo, ainsi que la liste des participants. Ce numéro est illustré en 4ème de couverture par le dessin de Benyamin Shajari, aux couleurs du drapeau iranien, et inspirée par deux images symboles des massacres de janvier :

le pompier de Mashhad qui tente de sauver un manifestant blessé – les deux seront abattus par les forces du régime – et le sol couvert de sang d’un hôpital de Téhéran.

Elizabeth Guyon-Spennato nous propose ici la totalité des textes dans la version anglaise traduite par elle-même et les auteurs participants, dont on peut écouter les lectures en ligne sur YouTube (lien à la suite des textes, dans l’article).

Erhu, LUO Chao-hua (Taiwan) 羅朝華

Francesca Ribacchi (Italia)

Yves Defago (France/Suisse)

吳明娟 Polly WU (Taiwan) 吳明娟

James LEE (Taiwan)

Emanuela Rizzo (Italia)

Laurent SHEN (Taiwan)

Marilyne Bertoncini (france)

JOAN CHUANG 莊紫蓉 (Taiwan)

Rebecca Borg (Malta)

reading by Jacky PAN 潘世軒

Anca Stuparu (România/USA) Anca Stuparu

Elizabeth Guyon Spennato (FRANCE/Malta)

Oscar René Benítez (USA/El Salvador)

Mike Lo (Taiwan) Mike Lo

Lucilla Trapazzo (Italia/Schweiz)

Muriel VERSTICHEL (France)

Lin Lu (Taiwan)

강정탄 KANG Byeong-Cheol (Korea)

潘世軒 (Taiwan) Jacky PAN

Chi-Chu Yang (Taiwan)

Sabrina De Canio (Italia)

Marilyse Leroux Marilyse (France) reading by Elizabeth GUYON SPENNATO

TAN Kim-sūn 陳金順 (Taiwan)

Dang Than (Vietnam) Dang Than

Yannick Resch Yannick Resch (France)

Nuria Jui-ling Chien (Taiwan)

Patrick Joquel Patrick Joquel (France) reading by Elizabeth GUYON SPENNATO

Yawchien Fang (Taiwan)

M-k Chen 陳明克 (Taiwan)

謝碧修 (Taiwan)

Irina Moga Irina Moga (Canada)

Jean-Yves GUIGOT Jean-Yves Guigot (France)

Viviane Ciampi Viviane Ciampi (France/Italia)

양금희 (Korea)

CHEN Hsiu-chen 陳秀珍 (Taiwan)

Enza Palamara (France) reading by Elizabeth GUYON SPENNATO

C’est moi

vous m’avez reconnue

la liberté à une patte

L’autre je l’ai perdue

un jour de mauvaise chance

Si vous la retrouvez

rapportez-la moi

j’en ferai un étendard

pour demain.

Je pense à vous

 amis iraniens

dont j’ai partagé les affres de l’exil

Vous qui avez déroulé devant moi

les délicatesses

d’un monde légendaire de l’Orient lointain

Je pense à vous 

merveilleux créateurs dispersés à travers le monde

Fahrad, Moany, Violet et tant d’autres

Votre constance est le signe de votre désarroi 

mais aussi de votre indéfectible Résistance

Je pense à vous 

familles ensanglantées

cherchant désespérément

les corps anéantis de vos proches

Je pense à vous 

et je me joins à votre haine

face à ces êtres affamés de chair humaine

ce ne sont plus des hommes 

mais des hyènes

Je pense à vous 

ô mes amis 

Et je m’unis à votre Attente

ps Texte écrit en pensant à mon amie Mahnaz qui lutte dans cet enfer avec tant de courage

Les lumières inouïes

Il est des aurores n’accueillant pas tous les silences

Selon que le cœur qui se tait soit dans d’aveugles chaînes

Ou ouvre son âme à l’horizon futur.

Cette aurore éphémère en annoncera tellement

Qu’elle les fera naître depuis l’éclat de sa lumière.

Sourds sont les silences aveuglés par la rage

Ou l’ennui

Ou le sommeil de l’entendement.

Bienheureux celui qui s’apprête à scander

Le chant de la fin de la servitude !

Les flopées de lianes s’envolant

Dans le vent et la lumière

Sans cesse renaissante,

Telle la promesse

Jamais ensevelie,

Celle de voir les yeux qu’elles lovent

Devenir l’horizon,

Ouvert sans être offert,

Sur les aubes,

Dont il est la racine.

Les lignes de la vie s’écrivent ainsi

En contemplant longuement l’essence d’un peuple

Se dévoilant aux âmes lucides.

Ainsi s’ouvre la clairière où renaissent

Des flots de lumière,

Des soleils à n’en plus finir,

Que seuls les silencieux aveuglés de rage fuiront,

Eux qui fuient et que fuit la beauté,

Silencieux révélant leur âme moisie.

Femmes/vie/liberté

Appliquez la cruauté
à la cruauté du scorpion :
nous avons survécu à tous les venins.

Mesurez-vous à la rumination du chameau
nous savons traverser la plupart des déserts.

Ne ligotez pas nos poignets
ils peuvent encercler des jours meilleurs.

Éloignez-vous de nos corps
ils n’ont rien à vous dire.

Ils secouent les cendres,

ils veulent échapper aux feux du pouvoir, à l’hypnose du dogme.

Nos bouches ? Ah nos bouches ! Regardez-les.

Pures, aguichantes ou féroces.

Plus féroces que vos tortures

elles avalent le mot haine en font leur otage

le cuisent dans des casseroles de langues.

Admirez-les tandis qu’elles soufflent sur la peur

et sur le noyau de la peur

et sur la peur de toutes les peurs.

Nous décidons. Nous ‒ femmes ‒ nous décidons.

Nous décidons que nous décidons.

Cela fait que la peur s’éloigne 

‒ très doucement, certes ‒ mais elle s’éloigne !

Then the bird said “Nevermore.”
Edgar Poe, The Raven

Darkness
Darkness overall

C’est un voile de ténèbres qui recouvre le monde
Comme les ailes géantes d’un corbeau maléfique
Et son ombre s’étend et pénètre les cœurs

Darkness
Darkness overall

Et l’effroi glace au sang dans l’attente du pire
Et pénètre les os et vrille les cerveaux –
Et chacun dans sa peur se sent seul et fragile

Darkness
Darkness overall

Mais une voix s’élève et repousse la peur
Une femme se dresse et dénude son cœur
Et les hommes s’unissent pour affronter la bête

Et leur sang répandu ne coule pas en vain –
Que la peur se retourne et chasse les ténèbres
Qu’unis en tous pays nous retrouvions la paix

Darkness, darkness
Nevermore !

Il pleut à verse des oiseaux gelés

 des insectes mutants

des dieux colériques et borgnes

Le sucre de la pluie se tait

le ciel replie ses anges

comme un vêtement blanc qui ne servira plus

Frozen birds

mutant insects

choleric, one-eyed gods

are pouring down

The sweetness of rain falls silent

heaven refolds its angels

like a white garment that will no longer be used

en lisant le Monde, un 29 novembre


marcher dans la rue
manifester on dit
pour une liberté
pour dire halte aux soumissions
juste avec le corps
sans un mots
sans un cri
les mots sont interdits
les manifestants
tiennent en main et bien haut
une feuille blanche
sur la grand place
ils sont là
face aux soldats
à leurs blindés
certains tirent en l’air
ils ne bougent pas
ils ont leurs téléphones pour filmer
lerus voix pour chanter
leurs visages pour sourire
ils ne veulent plus rien d’eux
sauf leur départ
qu’ils s’en aillent
ils veulent vivre libres

Elles avancent elles avancent

Unissant leur souffle

Malgré leur voix qu’on étouffe

Elles avancent elles avancent

Le poing levé vers le ciel

Malgré leur marche qu’on entrave

Et leur pas traversent les frontières

Et l’on répond oui à leur appel

Pour et le peuple iranien et
Élizabeth Guyon-Spennato

Sous la cendre

Il y a une lumière

Sous la cendre

Il y a une lumière

pour chasser les ténèbres

Sous la cendre

Il y a une lumière

pour apaiser les cœurs en larmes

Sous la cendre

Il y a une lumière

pour affliger les bourreaux

Sous la cendre

Il y a une lumière

pour réveiller l’espérance

Sous la cendre

Il y a une lumière

pour éclairer demain

Alors

S’ouvriront grandes les ailes

A en toucher les étoiles

L’avenir est une hirondelle

On peut lire l’intégralité des textes en anglais dans le document joint

et écouter les poèmes en suivant le lien sous la photo :

Franco-maltaise d’origine italienne (île d’Ischia), Elizabeth GUYON SPENNATO a étudié à l’Université de Taïwan.
Traductrice mandarin-italien-français en Italie puis en France où elle prête serment, elle est très tôt parolière de poèmes chantés en mandarin pour des chanteurs pop chinois.

Elizabeth fait des photos, exposées depuis 2016.

Le cours de sa vie s’interrompt plusieurs années après un accident et un trauma crânien sévère qui la laissent cérébrolésée.  

Lauréate 2017 de la bourse Fondation Banque Populaire, elle a écrit trois romans, quatre recueils de poésie, un album photo/poésie et un livre pour enfants.

Ses poèmes et traductions paraissent en version papier et web. En 2024, son recueil de poèmes originaux en mandarin « 臉上的太陽 » (Un soleil sur le visage) est édité à Taïwan et son recueil napolitain/italien « Fantasia ‘e ll’isola » (Fantaisie insulaire), en Italie.
La revue historique de poésie contemporaine taïwanaise 笠 Li Poetry, publie depuis 2021 les poèmes et articles qu’elle écrit en mandarin. Depuis 2024, les manuscrits de ses poèmes sont conservés à la Bibliothèque Nationale de Taïwan.
En 2025, elle reçoit à Taïwan le Prix Formosa de la Tamsui Culture Foundation – mention traduction et échanges interculturels.
Publication en mai 2026 du recueil « Une rose rouge dans le désert », sa traduction du mandarin de poèmes de la poétesse taïwanaise CHEN Hsiu-chen (PO&PSY, érès éditions). 

retrouver l’autrice ici :