CHEN Hsiu-Chen, Une rose rouge dans le désert
Traduit du chinois (Taïwan) par Elizabeth GUYON SPENNATO
Dessins de Caribaï
PO&PSY princeps, 82 pages, 15 €

Le présent recueil a été proposé à po&psy par la traductrice, elle-même poète s’exprimant de façon privilégiée en chinois (pour un de ses ouvrages, elle a été primée à Taïwan en tant qu’écrivain étranger s’exprimant en mandarin). Connaissant le parti pris de la collection pour les écritures brèves, elle a recueilli et traduit ces 70 poèmes de un à trois vers de la poète taïwanaise Chen Hsiu-Chen.

L’humour discret de ces sortes d' »instantanés » dans l’esprit – sinon dans la forme – du haïku fait penser au « regard neuf » d’un Malcolm de Chazal ou à l' »ingénuité seconde » d’un Francis Ponge.

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Une pluie battante a chassé un été sans fin.

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Méditation au mont Guanyin – à travers la brume épaisse et la pluie d’automne s’élèvent des chants sacrés.

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Une paire de chaussures à talons a blessé le trottoir muet.

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Sur terre on ne trouve pas de nuages jumeaux.

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La sirène échouée dans la baignoire est nostalgique des pieds du prince.

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Trop à l’étroit dans son bocal, le poisson rêve de nager dans la baignoire de son propriétaire.

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Le dieu de l’eau caché derrière le rideau des nuages a ouvert la douche du ciel.

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Qu’on enferme le typhon derrière une porte en fer, qu’on le laisse frapper et hurler comme un beau diable.

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Partenaires de danse sur les cordes

tes doigts n’arrêtent pas de s’échanger des notes.

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Le croissant de lune, telle une faucille, a fauché ton sourire.

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Après la pluie, les branches mortes s’égouttent

en chantant une comptine plic ploc plic ploc.

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Aux beaux jours je me munis d’un parapluie.

En été je tricote des chaussettes en laine.

Et au milieu des rires je brode un mouchoir.

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Merci mon lit

d’avoir absorbé ma fatigue

dans un creux si peu profond.

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Le ciel bleu est un océan asséché

les nuages blancs, des vagues assoupies.

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La montagne de l’Ouest adore collectionner les couchers de soleil.

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L’auteure

CHEN Hsiu-Chen est née à Taïwan sur le mont Dadu (centre-ouest du pays), dans une famille paysanne. Très jeune, elle participe comme ses frères aux travaux des champs et garde les animaux.
Adolescente passionnée de littérature, elle travaille pour pouvoir payer ses frais de scolarité et acheter des livres. Puis elle part suivre des études supérieures, qu’elle finance en travaillant à mi-temps.

Elle est diplômée du département de littérature chinoise de l’Université Tamkang à Tamsui (Tamsui district, New Taipei). Elle habite Taipei, puis s’installe de nouveau à Tamsui où elle enseigne la poésie contemporaine – en mandarin et en taïwanais – à l’Université Communautaire.
Curatrice à Taïwan du Festival International de Poésie Formosa et éditrice de l’anthologie « 詩情海陸, Poetry Feeling in Sea and Land 2025 », elle a été rédactrice de plusieurs revues et journaux de poésie taïwanaise. Elle est membre de la prestigieuse Li Society et du comité de rédaction de « Li Poetry ».

Treize de ses recueils de poésie ont été publiés en mandarin, en anglais et en espagnol, dont « 林中弦音, String Echo In Forest » 2010, « 面具, Mask » 2018, « 不確定的風景, Uncertain Landscape » 2017, « 淡水詩情, Tamsui Poetry » 2018, « 骨折, Bone Fracture » 2018, « 保證, Promise » 2017, « 親愛的聶魯達, My Beloved Neruda » 2020, un chant d’amour adressé au grand poète chilien, ou encore « 聖誕月在墨西哥, A Christmas month in Mexico » (2024),   « 淡水玫瑰, The rose of Tamsui » (2025). 

Elle a également signé un recueil de poèmes en prose « 非日記, Not a Diary », publié en 2009.

Les poèmes de CHEN Hsiu-chen sont traduits en de nombreuses langues et publiés dans des anthologies internationales dont Poetry road Between Two Hemispheres (2015), Voices from Taiwan (2017), Dialoghi (2017), Whispers of Soflay (2018) et plus récemment en France et en Italie : Plus de Cent Frontières (Jeudi des Mots, 2021), Mots de Paix et d’Espérance (Oxybia, 2022), Poeti Orientali  (Bertoni, 2022) et Fiorire l’inverno (Bertoni, 2024).

Sous l’impulsion du grand poète taïwanais LEE Kuei-shien, elle porte loin la voix de son pays bien aimé en participant aux nombreux festivals de poésie où elle est invitée dont Khatak International Poets Summit (Dhaka, Bangladesh), International Poetry Festival « Ditët  e Naimit » (Tetova, Macédoine), Capulí Vallejo y su Tierra » (Pérou), International Poetry Festival of Sidi Bou Saïd » (Tunisie), Encuentro de Poetas del Mundo « Tras las Huellas del Poeta » (Santiago, Valparaíso, Chili), International Poetry Festival in Hanoï (Vietnam), International Poetry Festival in Iasi (Roumanie)… Elle a obtenu plusieurs prix de poésie et notamment l’Estrella Matutina, remise au Festival « Capulí Vallejo y su Tierra in Peru » et le Lebanon Naji Naaman Literary Prize.

La traductrice

Elizabeth GUYON-SPENNATO, polyglotte de nationalité franco-maltaise et d’origine italienne (île d’Ischia), a étudié à l’université de Taïwan. Traductrice mandarin-italien-français en Italie puis en France où elle prête serment, elle traduit entre autres les documents officiels taïwanais.

Ses poèmes, qu’elle écrit de préférence en mandarin sont interprétés par des chanteurs chinois de musique pop. Ils paraissent régulièrement dans le magazine historique de poésie contemporaine Li Poetry. Elle a traduit du taïwanais en français-italien Le mouchoir bleu de LIN Lu ,et en français, L’île de Taïwan de LEE Kuei-shien. Elle a préparé pour les revues de poésie Phoenix et Recours au poème, des dossiers de présentation des poèmes de ce grand poète taïwanais : « Voix d’ailleurs – LEE Kuei-shien » et « Tout près de LEE Kuei-shien ».