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Forough FARROKHZÂD, J’irai jusqu’au rivage du soleil, Poésie/Gallimard, 2026.

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Avec Forough Farrokhzâd, la poésie persane du XXᵉ siècle trouve une voix qui conjugue l’insoumission intime et la modernité formelle. La parution, en mars 2026, de J’irai jusqu’au rivage du soleil. Poésie complète, dans la collection Poésie/Gallimard, offre au lectorat francophone une traversée d’ensemble de cette œuvre brève, fulgurante et devenue mythique. L’édition, traduite et présentée par Leili Anvar, rassemble l’intégralité des recueils de la poétesse iranienne morte en 1967 à trente-deux ans.

Née à Téhéran en 1934, Farrokhzâd publie ses premiers textes au début des années 1950, dans un Iran traversé par les tensions entre conservatisme religieux et aspirations démocratiques. Son œuvre se déploie en cinq recueils majeurs, des premiers livres encore marqués par le lyrisme amoureux jusqu’à Une autre naissance, sommet de la poésie moderne iranienne. La singularité de sa voix tient à la manière dont elle fait du « je » féminin un lieu de rupture. Chez elle, le désir féminin n’est ni allégorique, ni voilé : il devient parole directe, « vers fous et fiévreux », expérience existentielle et contestation des normes patriarcales. Cette liberté lui valut scandales et marginalisation dans l’Iran de son temps, avant de faire d’elle une figure centrale de l’émancipation intellectuelle des femmes iraniennes.

Mais réduire cette œuvre à une poésie amoureuse serait méconnaître sa portée véritable. L’objet du désir, chez Farrokhzâd, n’est jamais seulement tel amant particulier : c’est le poème lui-même, la possibilité d’atteindre par la langue une vérité intérieure. « Mon aimé c’est mon poème, mon amour c’est le poème / Je m’en vais le retrouver ». La poésie est le vrai rivage, celui où le soleil se lève et en même temps se couche, embrasé par un désir fou de vivre.

La très belle traduction française de Leili Anvar parvient à restituer la tension constitutive de cette poésie : d’un côté, l’héritage de la grande tradition persane, Hâfez, Rûmî, la musicalité classique ; de l’autre, une modernité fragmentaire, urbaine, traversée d’angoisse et de solitude. Le vers de Farrokhzâd avance souvent par images abruptes, ruptures syntaxiques, répétitions obsessionnelles. L’amour y côtoie la mort, la sensualité la désolation métaphysique. « Où est passé mon peigne que je mette en bataille / Mes cheveux, que je me fasse belle et rebelle ? » ; « En nous brûlait la fièvre ardente des baisers / Et nous avions soif du sang au goût salé / Sur la barque des eaux frémissantes nous étions / Les jouets des parfums et des lumières ».

Relire Farrokhzâd nous rappelle combien la littérature a toujours précédé et accompagné les combats pour les droits et la liberté. La poésie de Forough donne voix à des luttes collectives toujours d’actualité. C’est sans doute pourquoi son œuvre conserve aujourd’hui une telle intensité : elle fait entendre la revendication irréductible de la vie elle-même. « Emmène-moi, ô toi ma douce espérance / Emmène-moi au pays des poèmes et de la joie ».

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