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cet article est la traduction de la page de la revue en ligne Presidio Poetico consacrée au recueil du poète Nanni Cagnone, L’Anima del vuoto :
traduction – Marilyne Bertoncini

.Dans cette Âme du Vide, Nanni Cagnone (1939-2026) déplace le lancinant démon de midi de son sentiment de non-appartenance au parcours d’un esprit qui se meut dans la certitude et l’illusion, indéniables pour lui,  que le langage a prise sur les choses.

Nourrie de classicisme et de culture grecque, sa poésie, née  d’une pensée fondée sur la perception immédiate des événements, dans un « style élevé » et oraculaire, est une poésie du désenchantement de toute appartenance sinon à l’impératif de la parole.

Oui, « penser depuis la perception », mais dans le constant éloignement de la fraîcheur de l’événement qui surgit, dans le détachement de toute prétention à une impérissable certitude, dans l’écart, le décalage, la fuite des choses dans une tentative impossible de saisir le présent qui devient autre dans l’instant du dire.

Qui dove stenta si curva
più attenta giustizia,
o sparsamente navigato cielo
grembo di nomi,
incostanti come sogni
– noi –
levando libri di spine

Ici, où avec peine se penche
plus attentive, la justice,
ô ciel rarement navigué
giron de noms,
inconstants comme les rêves
– nous –
levant des livres d’épines

Non aveva motivo,
eppure si fece incurante
diede sonno alle opere
finì di rispondere.
Prese a muovere
in luoghi diversi,
ebbe gusci e germogli
e vuoto vero tra gli alberi.
Divenne duraturo
come foglie di platani,
poiché era ritornato.

Il n’y avait aucune raison,
et pourtant il se fit insoucieux
mit ses œuvres en sommeil
finit de répondre.
Il commença à se déplacer
en divers lieux,
eut des coquillages et des bourgeons
et un véritable vide parmi les arbres.
Il devint persistant
comme les feuilles des platanes,
car il était revenu.

Quel che si offuscava
ora dirada,
e ciò che si è staccato
ancora unisce
per ardui sentieri
a novità esili del cielo,
nuvole, e sono gli antenati
discendenti, per quella via,
e nascosto in ognuno
prima di apparire
io sono insieme,
tardi somiglianze, dopo
lunghe dissonanti parole

Ce qui se brouillait
désormais s’éclaircit
et ce qui s’est détaché
encore s’unit
par des sentiers ardus
vers les subtils changements du ciel,
les nuages, et ils sont les ancêtres
descendant, par cette voie,
et caché en chacun
avant d’apparaître
je suis tout à la fois,
tardives ressemblances, après
de longues dissonantes paroles.

Nanni Cagnone à Gênes (2001)
photographié par Pino Usicco, Wikipedia

Nanni Cagnone (1939-2026) est un poète et écrivain italien dont l’œuvre, commencée dès 1954, traverse poésie, romans, récits, essais, théâtre et aphorismes.

Éditeur et directeur de collections dans les années 1960-1970, il dirige ensuite sa propre maison d’édition, Coliseum, enseigne l’esthétique et collabore à de nombreuses revues italiennes et internationales. Traducteur notamment de Hopkins et d’Eschyle, il développe une œuvre nourrie de classicisme et de mythologie autant que de modernité.

Considéré comme l’un des poètes les plus originaux et novateurs de la littérature européenne contemporaine, Cagnone construit une poésie de méditation dense, où critique, sentiment, mythe et pensée se concentrent dans une forte intensité ontologique. Sa conception de la poésie refuse une saisie immédiate du monde : elle est pour lui un intervalle entre nous et les choses, une pensée réceptive, une expérience de fidélité au « Dire ». Cette tension entre le langage et ce qui lui échappe, entre présence et retrait, constitue l’un des fils essentiels de son œuvre.