C’EST UN CHEMIN CREUX parmi les acacias. qui pétarade de motos.

Qu’ils aillent au diable sur leurs fichus engins!

Nous irons c’est certain, mais ne serons pas les seuls.

La nature serait si calme sans vos gaz à effet de serre.

UN CERF écoutait cette controverse, en contrebas:

Hum! Des mots, des mots, des mots. Et cette odeur d’homme. Partons plus loin.

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Le soleil sort quand je franchis le pont-levis que nul ne lève plus depuis longtemps. Je lève la tête et je lis POETE gravé au milieu du linteau de pierre blanche.

J’avais tant rêvé d’une cité où l’on m’accueillerait ainsi Poète, nous l’at-tendions, tu es chez toi dans nos rues et nos foyers, viens nous dire la vérité lyrique de nos destinées, ne nous épargne pas mais sois toujours juste!

Je me frotte les yeux la trop forte lumière, la gravure usée m’auront fait prendre le R pour un E.

Il en faut le moins possible. Et faire des comptes, entraîner des subalternes, scan-ner des produits en caisse, batailler avec les fournisseurs, éponger la sueur des charpentiers, habiter dans des motels ou des Formule 1, chercher la petite bête quand bien même on rêvait de combattre

le lion à sept têtes, encaisser l’arrogance des petits princes qui ont oublié l’art du conte, écouter leur excellence apprise, se rappeler ce que Rimbaud fit de ses bonnes notes en thème, payer les mêmes impôts que les artisans et les ouvriers.

Faire des chants dans l’urgence. Risquer de mourir oublié.

Un linguiste explique que si le je français est vertical, le je japonais est horizontal. Quand le premier, toujours égal à lui-même, descend du ciel en tonnant, les multiples formes du second reflètent la multiplicité des situations où se trouve engagé le sujet parlant.

Cependant, si j’en crois ma modeste expérience de la langue française, le je ne voyage jamais sans bagages: adverbes, périphrases, épigraphes lui font équipage

qui atténue son côté descendu du ciel.

Vous me pardonnerez en outre de penser qu’il, ce je, ne sait pas rester longtemps nu la foudre au poing, qu’une certaine politesse voudrait même qu’il évite d’être trop souvent en tête de phrase et qu’en Occident il est des personnes qui tremblent de peur à l’idée de dire je.

L’auteur

Éric Pistouley

vit et travaille en Nouvelle-Aquitaine. Auteur de plusieurs récits et essais (au Temps qu’il fait et chez Atlantica), il collabore régulièrement à la revue Espace(s) et occasionnellement aux revues Arpa, Les hommes sans épaules,Ouste, Secousse, L’intranquille, ainsi queRecours au poème qu’il a codirigée entre 2015 et 2017.

ses publications :

Une poétique du livre et le roman épistolaire Lettres de Ré, 2003 et 2005, Le temps qu’il fait (essai)
Maïalen près des étoiles, 2008, Atlantica
Les tours de magie de Gérard Macé, 2015, Recours au poème éditeur (essai)
L’atelier de l’Olentzero, 2016, De ci de là (conte politique)

Collabore régulièrement à la revue Espace(s) et ponctuellement à Arpa, Secousses, Ouste, Les hommes sans épaules ainsi que Recours au poème qu’il a co-dirigée en 2016 et 2017

Certaines  Prises ont fait l’objet d’une publication, SOUS le titre  Pépins de pastèque, dans Recours au poème, en septembre 2015