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Extraits traduits du portugais par Jean-Paul Bota
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CAPRICE
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Si la pluie d’automne en secret
tombant dans la douceur imperceptible
de ses innombrables bouches
lavait de mon visage ces épaves
et de suite m’inondait
la poitrine
en elle noyant la folle mélancolie
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Si bourdonnante elle rompait comme un bateau
la brume de mon corps et en tourbillon
l’engloutissait, rocher élu
sur le chemin de goémons et de sel de son désir
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Si l’eau ainsi abandonnée
rencontrait l’éclat absent de ces yeux
et cherchait le feu de son métal le plus intime
tout instant serait une hampe d’effroi
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LES ONGLES
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De la vie sont nos ongles pleins
du cambouis du mystère et d’une certaine tendresse
tu peux ne pas les voir mais ils pleurent
dansent, parviennent à avoir conscience du Dasein,
ils parlent avec Dieu quand ils grattent les vitres
de la rare joie (lorsqu’ils écoutent Bach
ou se posent sur ton corps)
Ils se sentent parfois maîtres de responsabilité
ils réveillent l’épine du temps
et dans leur maison, dans leur nid
ils visitent l’oiseau de la poésie,
celui qui sent dans la gorge les nœuds de la perfection
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Ils souffrent à l’examen de la bouche des yeux et du sexe
démons du hasard ils atteignent même les étoiles
les trous noirs et le Bang primordial
tout ce qui est né en ce précis moment
où un bourdonnement a débuté aux oreilles divines
et un chœur d’ange a sablé le champagne
Ils sont comme ça les ongles, passant en les effleurant à travers nos vies !
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TOMBÉE DE LA NUIT SUR LE VILLAGE À PARTIR D’UN VERS DE T.S. ELIOT
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Time and the bell have buried the day
T.S. ELIOT
Le temps et le glas ont inhumé le jour
les grilles ont couru et les cendres sont entrées dans la nuit
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le champ vivant est devenu brume
marqué par les trompes de la crainte
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collusion entre le son fertile en silhouette fugace
et la mémoire calcinée et grave
où tout se dédouble interminable
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le regard sans fond
la fleur humaine et folle
vorace charrue
d’un sillon disparu
la nuit nue à labourer la blancheur d’une lampe
où étirer la peur
dilué village il se cache et pleure
comme un fleuve sombre qui n’aurait pas résisté
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Le glas a saigné dur
dans la fatigue de l’heure
chiens d’ombre percutée, larme des pierres
dans ces ténèbres de l’univers
lente dissolution, fumée que je traverse
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DÉLIRE TRIESTIN AVEC IMAGE DE SABA
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La terre et la mer se déchirent en blessure face à face
avec la présence des lumières et des horizons
sur les places et dans les rues, sur les toits épars
aux flancs fatigués des collines
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Toute la veine tendresse de sa trace ici respire
le souffle ruiné au rythme sourd des journées
le voile qui couvrait les étoiles d’une anxiété ancienne
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Sommeille maintenant la ville sur le bleu des poissons
se remplissant d’un gaz que convulsionnent les doigts
rêvant des sirènes dans des chariots de légumes
susurrant à la brise leurs secrets
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Si vite il déambulait dans le port de la ville
brun et effilé misant tout sur les papiers que sans fin il écrivait
ou sur la terre durable des fenêtres, dans un monde ébranlé
comme serein je le voyais penché sur des livres rares
dans sa caverne de San Nicolò, dansant la valse avec les morts
en compagnie du bon Carletto
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Ensuite s’en est allée subitement la lumière, comme il arrive toujours
on sentait déjà languissante sa démarche, la poitrine lancinante :
il fermait désolé les grilles du jardin et il courait prier au premier temple qu’il trouvait
mais songeant uniquement aux robustes jeunes filles qui vendaient des citrons dans les rues
ronds et lumineux comme les seins qu’elles libéraient en courant
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Il rêvait des mythes que le feu depuis longtemps avait abandonnés
quelque part dans un bateau qui s’ouvrait à la mer, Ulysse dans sa vieillesse
dans une chambre d’hôpital écoutant le bora insensé
On était en décembre, sur la boîte à tabac tambourinaient encore
les syllabes rauques, les lois d’un Dieu punissant
comme les oreilles d’Ernesto, le tonnerre d’Ondriček
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Sa présence lente environnée d’ombres
je la retrouve maintenant au San Marco entre des miroirs bruyants
et des étudiantes fascinées à la palpitante peau halée
se blessent mes doigts en pensant à cette danse de regards pris dans le filet
de ce délire muet de parcourir les pages vierges, sans destin,
jusqu’où les corps peuvent se donner dans ce désert
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Ensuite je sors, la nuit m’émeut toujours : je choisis la direction de la mer
le brai alternant avec les phares, le phantasme pâle sur les secs murs surpris
Douces les tours de son alchimie, lorsque dans son lit souffert
les roses blanches de Linuccia se déchiraient dans les montagnes
et que les ronces saignaient parcourues dans l’agreste Carso
Loin on entendait les vagues lancées avec un hurlement aux falaises
dans les rues de silence luttaient les vents dans leur musique étendue
Je pense à sa vie, chair de soif tachée de culpabilité,
vaste dune couvrant le visage
d’une sorcière ébouriffée de douleur
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Il foulait un royaume inconnu : l’angle douanier de la mort
frappait son image,
ceignait dans ses mains vieilles un poussin inquiet
fulgurant comme un diamant,
il parlait avec lui, peut-être l’appelait-il âme
peut-être était-il le seul à entendre le souffle de ses gestes
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L’auteur
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José Manuel de Vasconcelos
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est né en 1949 à Lisbonne où ilexerce la profession d´avocat. Poète, essayiste, critique littéraire et traducteur, il collabore aux principales revues littéraires portugaises et a publié divers recueils de poésie. Dernière publication : Brígida Spínola Dória e Outros Fantasmas, Editora Exclamação, 2025
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Le traducteur
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