illustration de couverture générée par IA

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Pachacamac


Mawa llamina kawchiri chanqa
wyañuy wañu chikuypi
hathun tayta pachacamac
p’aqo apasanka
apukuwa wan tiraj chanqa
hiway
¿maypinchay sañu wat’ejqa
wiñay kawsay chikarichipuxta?




Arraché à la frontière intolérable de l’extermination
ô père Pachacamac
scorpion doré en exil parmi les dieux
dis-moi : où se trouve l’abîme sacré
de l’éternel et du perdu ?

Coucher de soleil sur le canal Saint-Martin


Me réveiller à Montparnasse avec des vers
de César Vallejo en tête
sur un balcon de la rue André Gide
me fait sourire.
Ces longs appels à Paris
c’est comme entrer dans le champ de gravité
d’un trou noir à Châtelet
ou lire sans fin Les Frères Karamazov.
Ils ne s’y attendent pas
mais je disperserai des fleurs de Kantu
d’un rouge intense
sur cette terre ancienne.


I

se lever
sans le parfum bleu de ton souffle
c’est approfondir
la solitude marine du désir
dans des éconduites douces et délirantes
comme les vagues d’un verger
niées par la mer
galions grossiers
déroutes incertaines
le capitaine emblème des entités
et je me demande
— tailleur de jaguar entre mes lèvres –
jusqu’à quand
dois-je me voir réfléchi dans les
miroirs
babylon de ciment, d’aluminium
et de néon !

II

depuis de lointains et agraires
parages je viens
offrir
en adoration
mon agonie lente et muette
aussi latente que le silence
désolateur rituel du
temps
dans le royaume du bronze et du non-être
je suis le sourire létal de l’ivoire
devant lequel
la logique formelle du monde
s’écroule en éclat

III

CAPRICORNE
EN
CONJONCTION
AVEC
LA LUNE

le rituel s’est initié
et des prêtresses anciennes
s’entassent maintenant dans ma tête
et je ne sais plus à présent
qui je suis
sinon parfois un sage inca
incognito
prononçant une prière quelconque
caché au soleil
parfois un corsaire obscur
ravageant le port inconnu
d’un sud quelconque

IV

esprit de la nuit
esprit de la nuit
guide-moi sans peur vers ces
terres abruptes
esprit de la nuit
esprit de la nuit
mène-moi vers le sentier du feu
qui détruit et purifie tout
je suis projeté dans l’abîme
insondable du néant
et rien à présent ne m’appartient

V

le vent éclate
violemment sur ma figure
premier quartier
la lune comme marque exacte de mes pas
les chiens ont fui
vers le nord
le traineau est resté
vers le sud
et moi face à face
au crépuscule
je m’en vais
vers l’abolition totale de mon corps
à la fin de mes morts
ou
ma libération définitive



J’ai arraché de la beauté à la douleur
et au crépuscule doré j’ai peint la nuit.
Je parcours seul les bancs de cette ville
à la recherche de la voix d’un poème
dans un square inconnu.
La solitude n’est pas notre destin.

Je marche dans l’hiver de l’Europe
enveloppé de silences
et de métaphores brisés.

Absent des mots
je me replie comme un porc-épic
dans ma pudeur.
Mes mains froides sont l’automne
qui saigne en décembre.
« Laisse-moi grand-mère
m’allonger sur ton giron. »

Dans cette nuit où le froid
fait trembler les certitudes les plus fermes
je me demande
si l’horreur de l’inconnu nous a fait
inventer le feu ?
Où trouver le mot perdu
celui que m’a caché ma première enfance ?
Je me submerge dans l’abîme d’une voix :
« Que faire quand l’abîme
t’attend lorsque tu fermes les yeux et
quand les mots sont vidés de leur sens ? »
Écrire de la poésie. Écrire de la poésie.

Je porte sur mon épaule
le gouffre de mon être.
Non, ne vous y tromper pas, regarder à l’intérieur
n’est pas une danse autour de la douleur.
La solitude est une plage déserte
que nous fabriquons pour ne point accepter notre vide.
Mes pas à présent sont lents
et en suspens comme la bruine
qui tombe légèrement sur les trottoirs de París.
Le désert aussi peut être une rue solitaire.

Loin de ma patrie je cache mes larmes
dans un parc isolé
où me dévore la nostalgie.
Écrire sans rhétorique est ce que je désire
dans ces moments :
déshabiller ma tristesse sans masques inutiles.
Des feuilles tombent des saules
comme tombent de ma tête
mes premiers cheveux gris.
La nuit est maintenant mon âme
imprégnée de silence sacré.

Pour écouter mon être
je me suis éloigné des rues
et j’ai abandonné la peur
pour m’isoler dans mes larmes.

Ton corps absent
avec mes mots maladroits — poésie —
j’ai essayé de t’embrasser comme on embrasse la nuit.

Car lorsque le son disparaît
et que la nuance s’éteint
le poème apparaît.
Seul dans l’amour
nous ne nous sentons pas seuls.


L’auteur

est le pseudonyme du poète et écrivain péruvien-espagnol Braulio Rubén Tupaj Amaru Grajeda Fuentes. Philosophe de formation, son travail a été traduit en de nombreuses langues, et il a remporté plusieurs prix littéraires. Son blog, Diario de un Dragón, compte plus de 300 000 visites. Il a publié deux recueils aux éditions Unicité : Transpoétique, en 2022, La traversée de l’Inommable, en 2024. Il a organisé des rencontres et des lectures à Paris entre 2021 et 2025, participant à salons, rencontres, marché de la poésie. Il dirige actuellement le Festival de poésie Paris Monde, consacré à la création multilingue et contemporaine.

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