Sal Tree (détail), by Salil Kumar Mukherjee – Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=181388047

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Ils se lavent tranquillement les mains

Ces mains souillées de sang

Pour avoir abattu des milliers d’arbres

Dans les rivières de Saranda.

L’eau rouge de sang gronde alors

Posant la tête à l’épaule de berges

Et la forêt tout entière devient rouge.

La branche de sakhuâ

Frappe les troncs

Fouet du souvenir

Une voix résonne

Témoin à la barre du temps

Preuve vivante attendant aux confins de la mort

Jusqu’à son dernier souffle

Qu’un bruit de pas Annonce la justice.

Et puis l’espoir se fane dans les regards

Sombre avec le soleil qui se couche,

Quand tombe le couperet qui scelle les destins

Dans un ricanement de paperolles desséchées

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1 ‘ Le sakhua (ou saral, ou sakhů) dont le nom botanique est Shorea robusta, correspond au sal du hindi.

*

Sur le toit de chaume au village

Les mots récoltés dans les champs

Se réfugient dans le tamis abandonné

Et se trempent à la nuit de rosée.

Tout doucement à l’aube

Mère descend le tamis plein de mots,

Les épluche les met sur le feu

Elle les fait sauter à la poêle les mots

Les plie dans une feuille de saraî¹

Et les donne aux enfants.

Tels les sâkhû dans la forêt2

Les mots vous passent dans le sang

Dans les veines de génération en génération,

Ils poussent même dans les forêts de béton, les mots!

De toutes les couleurs, rutilants, gris, sombres,

Opulents on dirait, mais pétrifiés de peur,

Jolis boutons de fleurs mais creux de l’intérieur.

Un abîme s’est creusé infini

Entre l’homme et le sentiment.

Ses émotions se sont enfuies

Ne restent que les mots de l’émotion, vides.

2 – voir note précédente

née le 3 août 1983 à khudapos, est une journaliste, poète et militante indienne de langue hindi.Sa poésie et son journalisme mettent en valeur l’identité adivasi de la jeunesse, les protestations contre l’oppression systémique des Adivasis (des tribals) en Inde, la violence sexiste, en particulier contre les femmes, les déplacements et remettent en question l’apathie de l’État en matière de gouvernance.
Forbes India l’a nommée l’une des 20 meilleures femmes autodidactes d’Inde en 2022.

Le travail de Kerketta se concentre sur son État d’origine, le Jharkhand, qui est séparé du Bihar en 2000 et qui compte plus de 26 % de population tribale Son premier recueil de poésie bilingue hindi-anglais, Angor, a été traduit en allemand, en italien et en français par Annie Montant, aux éditions Banyan . Son deuxième recueil de poésie bilingue hindi-anglais, Jadon ki Zameen, a été traduit en anglais sous le titre « Land of the roots »,  et en allemand. « Ishwar aur Bazaar » (Le Dieu et le marché) est son troisième recueil de poésie. (notice wikipedia texte et photo)