illustration de la couverture du recueil
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L’animal était là, je l’ai vu
le tout petit oiseau au bord du vide
et les chiens qui font des trous à l’horizon
les mères marchent sur le sable, deux Marie
appellent et grondent
leurs dents tels des piquets de vase à marée basse
leurs paroles comme des poignées de sel
pleure, pleure disent-elles
je m’accroupis dans les pattes du chien
sa fourrure mienne, sa chaleur sa langue
mouillée – peut-être est-ce un ours
les mots ont depuis longtemps perdu leur sens car dans la tête de l’animal
les rêves chantent en langue étrangère c’est beau
toi qui vas là
dors avec moi la nuit du chien
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Dans le rêve les ours
soufflent dans ma bouche
leurs grosses mains sur mon corps de glaise
et dans leur haleine froide
mes os brisés, multipliés au ciel de lait
ô nuit
leurs cœurs dans ma hutte, leurs flancs creux
battent noir les ombres noires
balancent avec moi au vent
au seuil du jour
je bascule de leurs falaises
tous mes cheveux tombés
le sang répandu
bouche bée
ô nuit
fais retentir le terrible grondement des ours
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L’autrice :
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Noée Maire
vit dans la Vallée de l’Hérault, près du lac du Salagou et des collines de garrigue. Ses poèmes cherchent à dire l’intime, les mouvements de la mémoire – entre oubli et souvenance – et la sensibilité du corps au monde naturel, au sens où la lumière impressionne la pellicule photographique. Sa langue poétique, resserrée, s’écrit en mots simples. Ses poèmes apparaissent dans les revues Décharge, Le Journal de poètes, Souffle, Recours au poème, Terre de Femmes et dans les ouvrages collectifs publiés par la voix du poème éditions : Voir feuille jointe, Bord de l’autre et Les Longues Noces. Son recueil D’Ararat est aussi publié par La Tête à l’envers.


