illustration de la couverture du recueil

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L’animal était là, je l’ai vu

le tout petit oiseau au bord du vide

et les chiens qui font des trous à l’horizon

les mères marchent sur le sable, deux Marie

appellent et grondent

leurs dents tels des piquets de vase à marée basse

leurs paroles comme des poignées de sel

pleure, pleure disent-elles

je m’accroupis dans les pattes du chien

sa fourrure mienne, sa chaleur sa langue

mouillée – peut-être est-ce un ours

les mots ont depuis longtemps perdu leur sens car dans la tête de l’animal

les rêves chantent en langue étrangère c’est beau

toi qui vas là

dors avec moi la nuit du chien

*

Dans le rêve les ours

soufflent dans ma bouche

leurs grosses mains sur mon corps de glaise

et dans leur haleine froide

mes os brisés, multipliés au ciel de lait

ô nuit

leurs cœurs dans ma hutte, leurs flancs creux

battent noir les ombres noires

balancent avec moi au vent

au seuil du jour

je bascule de leurs falaises

tous mes cheveux tombés

le sang répandu

bouche bée

ô nuit

fais retentir le terrible grondement des ours

L’autrice :

vit dans la Vallée de l’Hérault, près du lac du Salagou et des collines de garrigue. Ses poèmes cherchent à dire l’intime, les mouvements de la mémoire – entre oubli et souvenance – et la sensibilité du corps au monde naturel, au sens où la lumière impressionne la pellicule photographique. Sa langue poétique, resserrée, s’écrit en mots simples. Ses poèmes apparaissent dans les revues DéchargeLe Journal de poètesSouffleRecours au poèmeTerre de Femmes et dans les ouvrages collectifs publiés par la voix du poème éditions : Voir feuille jointeBord de l’autre et Les Longues Noces. Son recueil D’Ararat est aussi publié par La Tête à l’envers.