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La disparente – En fun § Raille (Éditions du Cygne, 2026) détail de la couverture

La poétesse Élisabeth Morcellet nous met face à face, dans La disparente – En fun § Raille, avec l’expérience la plus douloureuse qui soit : celle de la disparition d’un être très cher. Ici, les mots peinent à arracher à la douleur tout à la fois le dire et le rythme susceptibles d’exprimer les sentiments les plus âpres. La morsure du deuil s’exprime par l’entrechoquement des phrases.

Nous y trouvons tout d’abord une succession d’instants bruts saisissant la lumière du souvenir douloureux : c’est « un reste de mots en miettes / sur l’assiette vide », ou encore le moment où « l’idée s’obstine tombe à chaque levée de jour ». Les mots s’entrechoquent, et les blancs, les espaces expriment la respiration qui halète, incapable de souffler le dire, ainsi que le vide laissé par « l’absente », quand

la phrase se plaque            marécage pourriture / sur l’instant fatidique  délivré             rivé 

De même, face à cette impuissance, Élisabeth Morcellet a également recours¹ à des énumérations, où la reprise anaphorique de « la marche » scande l’absurdité d’un mouvement qui ne fait qu’accentuer le vide atroce auquel elle sait qu’elle ne peut donner aucun sens. Elle fait aussi appel au calligramme², dont la forme reproduit la dissolution de l’être qu’exprime la déperdition de tout espoir : « sans jamais avoir été elle ».

L’acharnement à dire, jusqu’à l’extrême limite des possibilités de la parole, est ce à quoi la poétesse se confronte, dans des vers où le rythme, saccadé, est haché comme les tripes où elle plonge, afin que « pivote l’arme / présente charme / de sa tempe rebattue ». Persévérer malgré la lutte avec l’impossible : nombre de poètes ont connu ce combat épuisant, mais nécessaire, où la parole se perd tout en s’accrochant :

 pour évacuer              l’inconsistance du vestige / avec les manques          ratés dératés / (…) rêve éveillé         premier cri       dernier cri / du verbe  avec verve      véhémence .

Le langage est en échec, se confronte à l’indicible, mais demeure malgré tout en mouvement.

N’est-ce pas l’honneur des poètes que de continuer à donner la parole à l’âme dans sa lutte avec le néant : « ni sexe ni personne qui tienne / au caractère désespéré / la mélancolie s’abat / annexe de paysage / miroir des pluies » ?

  1. P. 12.
  2. P. 31.

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